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Inga Sempé

Un monde d’objets.

Inga Sempé

Son truc à elle, ce sont les objets. Bien conçus, bien finis, et dont l’usage est agréable. Sauf peut-être… les canapés. Avec beaucoup d’humour, l’œil malicieux et toujours, le souci de la technique, de l’outil, de la maîtrise des process. Comprendre comment sont fabriquées les choses pour ne jamais perdre l’esprit originel du dessin, dans un dialogue ouvert avec les éditeurs. Rencontre avec la designer Inga Sempé.

Propos recueillis par Maëlle Campagnoli

Qu’est-ce qui vous a poussée à devenir designer ?

Inga Sempé Les objets ! Concevoir des objets, pas un univers. Nous vivons entourés d’objets depuis notre naissance. Cela me semble presque bizarre de ne pas s’y intéresser. Nous allions beaucoup aux puces quand j’étais enfant, les objets avaient beaucoup d’importance dans la vie quotidienne. Moi, je pensais à ceux qui les avaient conçus. J’imaginais leurs recherches, leurs errances, leurs difficultés, exactement comme je voyais mes parents chercher longuement quand ils dessinaient, errer, douter et se tromper. La technique m’intéresse beaucoup. Si on ne comprend pas la technique, on ne maîtrise pas l’objet que l’on dessine. Or comprendre est essentiel au métier de designer. C’est aussi le meilleur moyen de tenter d’autres choses, de sortir de ses habitudes, à travers un dialogue avec nos commanditaires.

Quel est l’objet que vous avez préféré concevoir ?

I.S. En tout cas ce n’est pas un canapé ! Je déteste faire des canapés [sourire]. Je crois que c’est Île, pour un autre éditeur, une petite lampe multifonction avec une pince sur le dessus et un abat-jour pivotant dans toutes les directions sur une bille aimantée. On dit souvent que dessiner un canapé c’est glamour. Ce que je trouve dommage, parce qu’on ne dirait jamais cela d’une paire de ciseaux. Une conception du design qui me dépasse. Moi j’adorerais dessiner des interrupteurs et des tournevis. Ou une brouette. Ou du matériel de jardinage. Des échelles aussi. Des fenêtres. Je veux bien refaire les abribus aussi. Plein de choses en fait, il faut juste me le demander [sourire, à nouveau, ndlr].

Et votre maison idéale ?

I.S. Un balcon. Des plantes. Et de la lumière. Pas de mobilier de Eames. Plein de petites pièces, surtout pas un loft. C’est un lieu vécu. Je ne m’intéresse pas aux intérieurs idéaux des magazines, où tout est bien rangé, nickel. C’est d’un ennui ! C’est un peu comme si vous me demandiez ce que c’est l’homme idéal. Il doit être super chiant ! Moi ce que j’aime, c’est la variation, le mouvement, les petits ratages. La perfection, ce n’est vraiment pas mon truc. Par contre faire des objets bien conçus, bien finis, et dont l’usage est agréable, ça c’est mon but.

Vous dites détester faire des canapés… Pourtant vous en avez conçu deux pour Ligne Roset !

I.S. [Sourire] Disons qu’à mon sens, le canapé est l’un des objets les plus difficiles à faire. Il y a en a tellement ! Comment proposer quelque chose qui sorte un peu du lot sans être spectaculaire, ni monstrueux, ni atrocement banal, et qui reste, tant que faire se peut, abordable ? D’autant plus que j’essaie vraiment de fuir les tendances, même si c’est très difficile de s’en extraire, pour ne pas faire un objet qui soit démodé dans un an. Et puis un canapé c’est gros, ça prend beaucoup de place. La majorité des gens vivent en ville, dans des espaces aux dimensions finalement assez réduites. Quand je dessine un objet, je ne me concentre ni sur les rock-stars, ni sur les châtelains, mais sur les gens qui ont habitat banal… et banalement réduit. Après, ce n’est pas parce qu’on déteste faire quelque chose qu’on ne le fait pas bien [sourire, à nouveau, ndlr]. Parce qu’à l’inverse, est-ce mieux de ne dessiner que ce qu’on aime ? Je ne crois pas. C’est beaucoup plus intéressant d’avoir des contraintes, même si elles sont hyper pénibles.

Quelles étaient les contraintes pour la conception de Ruché justement ?

I.S. Il y a déjà tout ce que je viens d’évoquer. D’autant plus que j’avais déjà dessiné le canapé Moël. Alors en faire un second, pour la même entreprise, sans me répéter, c’était encore plus compliqué. Ici, j’ai travaillé sur l’idée d’un meuble visuellement léger, tout en étant très confortable. Le confort est essentiel. Ça vaut tellement cher un canapé. C’est un investissement. Bref. J’ai travaillé sur une structure qui semblerait porter une couette matelassée qui aurait été jetée dessus. Le gros défi consistait à mettre au point un matelassage aux coutures interrompues, pour créer un relief qui attrape joliment la lumière, et éviter l’effet vieux sac de couchage tout moche… ou carrelage de salle de bains. Je vous laisse choisir. Une vraie difficulté d’un point de vue industriel. Cela a demandé un lourd travail de développement et des investissements pour trouver la bonne machine, capable de le faire sur des très grandes surfaces de textile. La structure de ressorts plats sous le matelassage, avec des sangles et un assemblage de mousses hyper complexe donne tout le confort au canapé. Et ça, c’est vraiment le savoir-faire de Roset. Or si un canapé n’est pas confortable c’est raté.

Une dernière question : si je vous dis Made in France ? Et le confort ?

I.S. C’est tellement rare ! Déjà, qu’une entreprise française fasse travailler des designers, c’est rare. Que ce soit fabriqué en France, c’est malheureusement encore plus rare. Alors savoir que c’est encore possible, de qualité, et à un coût normal… c’est quand même très satisfaisant ! 
Et le confort ? De la lumière, un peu d’espace… et un évier. Une qualité d’usage. Sûrement pas le luxe en tout cas !

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